Mots Clés :

Wilson, Brest, Paris, George Washington, quatorze points, Ligue des nationsGeorge Washington, 

Le Président des Etats-Unis,Wilson pose le pied sur le sol français le 13 décembre 1918. Il est accueilli en héros. Les noms de rues, places, quais et boulevards affichant le nom de Wilson dans de nombreuses villes de France témoignent, aujourd'hui encore, de la reconnaissance envers l'homme qui fit entrer son pays dans la guerre et en accéléra l'issue victorieuse. Pour l'opinion française, ce président que l'on acclame à son arrivée en France fait figure de sauveur.

  • L'Amérique n'aurait-elle pas en effet gagné la guerre ?
  • De plus, le négociateur Wilson n'est-il pas porteur d'un plan de sauvetage du monde ?
  • N'a-t-il pas décidé de venir en personne pour défendre, voire imposer aux Européens son projet de Ligue des nations supposé maintenir une paix durable ?

Accompagné de son épouse le président américain embarque le 4 décembre 1918 sur le "George Washington", un navire de 25000 tonnes filant 19 noeuds. Ce transatlantique appartenait à la compagnie "Nord Deutscher LLoyd".

Il est escorté depuis les Etats-Unis par le cuirassé "Pennsylvania" encadré de 5 contretorpilleurs.

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Dessin de Lucien Jonas

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 Président Wilson, voyez et jugez !

    

Arrivée du Président Wilson à Brest, le 13 décembre 1918

Après 9 jours de traversée sur un océan houleux, balayé par des tempêtes, le "George Washington" arrive enfin, "sous un ciel gris et bas" au large d'Ouessant le 13 décembre 1918. Le paquebot, précédé d'un navire chargé de 500 journalistes, encadré par 9 bâtiments américains, une flotte anglaise et 10 bateaux de guerre français fait une entrée majestueuse dans la rade de Brest, salué par 21 coups de canon.

Les personnalités officielles présentes sur les quais sont acheminées jusqu'au paquebot pour saluer l'hôte de la France. L'accueil est assuré notamment par le général Pershing, le ministre des affaires étrangères Stephen Pichon, le ministre de la marine Georges Leygues et André Tardieu commissaire général aux affaires de guerre franco-américaines. Dans son allocution de bienvenue Stephen Pichon lance un vibrant:" La France entière s'apprête à vous acclamer dans des manifestations enthousiastes". Vers 15 heures, le président accompagné de son épouse et de la suite officielle accoste au port de commerce. Un défilé de troupes américaines lui rend les honneurs et Wilson monte dans une voiture décapotable. Précédé par une unité militaire marchant au pas, le cortège remonte le cours Dajot bordé de haies d'enfants des écoles, passe sous une banderole sur laquelle on peut lire: "Vive Wilson défenseur du droit des peuples" puis traverse la place qui porte encore aujourd'hui son nom. Sur le parcours qui mène à la gare, un groupe de Bretons en costume traditionnel offre des fleurs et un recueil de chants du barde breton Charles Rolland. A la gare, la "Marseillaise" et l'hymne américain saluent une dernière fois l'illustre représentant des Etats-Unis d'Amérique. Il pénètre dans le wagon du train qui, démarrant à 16 heures 25, doit le conduire à Paris où l'arrivée est prévue le lendemain 14 décembre en fin de matinée.

Arrivée à Brest Wilson 12 18

Le George-Washington dans le port de Brest, le 13 décembre 1918

USS george Washington

 Wison Brest13 12 18

Le Président Wilson à Brest, le 13 décembre 1918

Le matin Brest1    Le Matin Brest2

 Le Matin, 14 décembre 1918

Arrival Wilson à Brest

Carte postale Wison à Brest

Wilson arrivant à Brest

 Excelsior Wilson Brest1

Excelsior Wilson Brest2

Excelsior Wilson Brest3

 O-E Wilson Brest

L'Ouest-Eclair, 14 décembre1918

 

Wilson Le Finistère

Le Finistère, 21 décembre 1918

 Place Wilson à Brest

 Place Wilson Brest

Place Wilson de nos jours

Carte hommage de Brest au Pt Wilson

Carte postale espagne Brest

Carte espagnole faisant partie d'une série

Le Président Wilson à Paris, le 14 décembre 1918

Wilson Le Journal 15 12 18

 Wilson le Parisien 15 12 18

 Excelsior Wilson Paris1

Excelsior Wilson Paris2

M et Mm Wilson

Hotel du Prince

Résidence Wilson

Voyage Wilson1

Voyage Wilson2

Voyage Wilson3

 Président Wilson Paris 1918-1

Président Wilson Paris 1918-2

 Président Wilson Paris 1918-3

L'Illustration, 21 décembre 1918

Le Matin Wilson 15 12 18

Le Matin, 15 décembre 1918

Une visite triomphale

« Je vais en Europe parce que les gouvernements alliés ne veulent pas que je le fasse », résume lui-même le président américain Woodrow Wilson, dont la décision surprend tout le monde. Annoncé le 18 novembre 1918, une semaine après la signature de l’armistice, son départ pour la France marque une rupture profonde avec la « doctrine Monroe ». Désireux de s’appuyer sur les peuples pour faire triompher son projet de paix en quatorze points,
Wilson n’hésite pas à déléguer pendant plusieurs semaines la direction de son pays pour un voyage transatlantique. C’est la première fois qu’un président américain se rend en Europe. Ce sera aussi la première réception d’un chef d’État étranger dans l’hémicycle du Palais-Bourbon.

Wilson arrive à Brest le 13 décembre 1918 à bord du George-Washington, salué par les coups de canon protocolaires de la Marine nationale. Une foule très dense l’accueille triomphalement, sous des banderoles portant l’inscription : « Vive Wilson le juste ! » Le

président démocrate a tout particulièrement les faveurs des socialistes et des syndicalistes. « Le passage de l’idéalisme du prolétariat », écrit Marcel Cachin dans L’Humanité. « Seul parmi les gouvernants, il a trouvé le langage de la bonne volonté, de l’humanité et de la
justice internationale… »
De nombreuses communes baptisent des rues ou des places à son nom. Les municipalités ne font que suivre l’exemple des parlementaires qui, à l’unanimité, ont voté la loi du 2 décembre 1918 par laquelle « les Chambres françaises déclarent :

le président Wilson et la nation américaine, les nations alliées

et les chefs d’État qui sont à leur tête,

ont bien mérité de l’humanité ».

L’article 2 précise même que « le texte de la présente loi sera gravé, pour demeurer permanent dans toutes les mairies et dans les écoles de la République ». Après l’épreuve de la Grande Guerre, le « prophète de Washington » n’est pas seulement honoré comme un allié décisif : ses prises de position semblent annoncer une ère nouvelle dans les relations internationales.

Discours du Président Wilson, le 3 février 1919

Monsieur le président,

J’ai profondément conscience de l’insigne et extraordinaire honneur que vous me faites en m’admettant parmi vous dans ce lieu et en me gratifiant du privilège de vous adresser la parole du haut de cette tribune historique.

En effet, monsieur le président, de jour en jour, de semaine en semaine, sur cette hospitalière terre de France, j’ai senti à chaque instant l’esprit de bon accord devenir plus vivant, le contact de la sympathie devenir à chaque instant plus intime, et que la signification de l’histoire prenait une singulière clarté. Nous savions, avant cette guerre, que la France et l’Amérique étaient unies par des liens d’affection. Nous connaissons le motif qui a amené ces deux nations l’une vers l’autre, durant ces années qui nous paraissent maintenant si lointaines, lorsque le monde ressentait alors les premiers frissons de l’impulsion vers la liberté humaine, lorsque les soldats de la France vinrent à l’assistance de la petite République américaine, au milieu de sa lutte, pour l’aider à se maintenir debout et à proclamer l’une des premières victoires de la liberté.

Nous n’avions jamais oublié cela, mais nous n’en avions pas prévu le véritable sens. Cent ans et plus se sont écoulés ; et les fuseaux ont lentement tissé la trame de l’histoire. Nous n’en avions pas vu le dessin jusqu’à ce que les fils se soient croisés et recroisés. Nous ne l’avions pas vu dans son ensemble, tout l’art du dessinateur nous échappait. Car, regardez ce qui est advenu. Dans ces jours si éloignés, lorsque la France vint au secours de l’Amérique, l’Amérique combattait contre la Grande-Bretagne, et maintenant, l’Amérique est aussi étroitement attachée à la Grande-Bretagne
qu’elle l’est à la France. Maintenant, nous voyons comment ces fils de l’histoire, en apparence divergents, se sont rejoints. Les nations qui, jadis, se sont affrontées l’une contre l’autre dans les batailles, aujourd’hui, épaule contre épaule, ont fait face à un ennemi commun.

Une longue période de temps s’est écoulée avant que nous ayons vu ceci, et, au cours de ces quatre dernières années, un événement sans précédent est survenu dans l’histoire de l’humanité. Et ce n’est pour rien moins que cela, que les collectivités humaines des deux côtés de l’Océan et de toutes parts dans le monde, se sont dressées pour fonder leur alliance dans la liberté. La France à cette époque comme nous l’avons  souvent répété se tenait debout sur les frontières de la liberté. Ses lignes de défense couraient au long des lignes mêmes qui séparaient le foyer de la liberté du
foyer du despotisme militaire. C’est elle que menaçait l’immédiat péril. C’est contre elle que se dressait la
perpétuelle menace.

C’est à elle qu’incombait la plus pressante nécessité de la préparation, et elle devait se poser sans cesse cette question : « Si le choc se produit, qui donc viendra à notre secours ? » Et sa question reçut la réponse la plus inattendue. Ses alliés arrivèrent à son secours, et beaucoup d’autres que ses alliés. Les libres peuples du monde vinrent à son aide. Et c’est alors que l’Amérique a payé son tribut de reconnaissance à la France, en envoyant ses fils combattre sur la terre
française. L’Amérique a fait davantage. Elle a aidé à réunir les forces du monde, afin que la France ne puisse plus jamais se retrouver dans l’isolement, afin que la France ne puisse plus jamais craindre que le péril retombe sur elle seule, afin qu’elle n’ait jamais à se demander : « Qui donc viendra à mon secours ? »

Car cette anxiété est pour la France une terrible anxiété. Je n’ai pas besoin de vous faire remarquer qu’en Europe, vers votre Levant, l’avenir est gros de problèmes. Au delà du Rhin, à travers l’Allemagne, à travers la Pologne, à travers la Russie, à travers l’Asie, il y a des problèmes qui sont restés sans solution et qui, pour le moment, restent encore sans solution. La France se tient toujours debout sur sa frontière. La France reste encore en présence de ces problèmes menaçants et non résolus – menaçants parce que non résolus – elle reste dans l’attente de la solution de questions qui la touchent directement et intimement et incessamment. Et, si elle doit rester seule, que doit-elle faire ?

Elle doit rester constamment armée. Elle doit laisser peser sur son peuple, sans rémission, le fardeau de l’impôt. Elle doit faire un sacrifice qui peut devenir intolérable. Et non seulement la France, mais les autres nations du monde qui doivent faire de même. Elles doivent rester armées de pied en cap ; elles doivent se tenir prêtes pour toute terrible éventualité d’injustice. Voilà qui n’est pas concevable. J’ai visité l’autre jour une partie des régions dévastées de la France. J’ai vu la noble cité de Reims en ruines, et je n’ai pu m’empêcher de me dire à moi-même : « C’est ici que le coup a frappé, parce que les dirigeants du monde n’ont pas prévu à temps le moyen de l’éviter. » Les dirigeants du monde ont pensé aux relations entre les gouvernements et ils ont oublié les relations entre les peuples. Ils ont été préoccupés des manoeuvres des combinaisons internationales quand ils auraient dû être préoccupés des destinées des hommes et des femmes et de la sécurité de leurs foyers, et quand ils auraient dû prendre souci de voir leurs peuples heureux parce qu’étant à l’abri du danger. Les dirigeants du monde savent maintenant que le seul moyen d’arriver à ceci est de rendre inévitable que le même fait qui s’est produit aujourd’hui se reproduise toujours, et qu’il n’y ait là-dessus, ni doute, ni attente, ni remise, mais que chaque fois que la France, ou tout autre peuple libre, se trouve menacé, l’univers entier se dresse pour défendre sa liberté. C’est pour cette raison, je pense, que je rencontre en France, pour la Société des nations, un enthousiasme intelligent et chaleureux.

La Société des nations, la France avec sa pénétrante vision, la France avec sa prophétique vision, la voit non seulement comme une nécessité pour elle même, mais comme une nécessité pour le genre humain. Et elle sait que les sacrifices qui peuvent être nécessaires à l’établissement de la Société des nations n’ont rien qui puissent se comparer aux sacrifices qui deviendraient nécessaires, si elle n’avait pas la Société des nations. Un peu d’abandon de son indépendance d’action ne peut pas être mis en parallèle avec l’incessante menace d’une autre catastrophe.

Le monde entier a été atteint au coeur en voyant les belles cités et les champs de la France frappés par la catastrophe. Il n’y avait pas de plus beau pays. Il n’y avait pas non plus de pays plus prospère, il n’y avait pas davantage de peuple animé d’un esprit de liberté plus ardent. Le monde entier admirait la France et personne dans le monde n’avait d’amertume contre la France pour sa grandeur et sa prospérité, sinon ceux-là qui jalousaient sa liberté. Et nous avons reçu cette leçon, si terrible qu’elle ait pu être : d’avoir été témoins de ce qui est arrivé, d’avoir vu de nos propres yeux ce qui s’est produit parce que l’injustice avait été commise. Le président de la Chambre a dépeint, comme je ne peux pas les dépeindre moi-même, les souffrances inouïes, la terrible tragédie de la France, mais c’est une tragédie qui ne doit pas se revoir. De même que ce dessin sur la trame de l’histoire s’est révélé, il a mis à jour les coeurs des hommes qui ont été amenés les uns vers les autres, la fraternité est devenue vivante. Le but de l’association est devenu évident. Les nations du monde sont sur le point de cimenter une fraternité qui rendra dans l’avenir inutile de maintenir ces armements écrasants, qui font souffrir les peuples dans la paix presque autant qu’ils souffrent dans la guerre.

Quand les soldats de l’Amérique ont franchi l’Océan, ils n’ont pas seulement avec eux apporté leurs armes. Avec eux, ils apportaient une brillante conception de la France. Ils débarquaient sur le sol de la France avec des battements de coeur plus vif, ils savaient qu’ils venaient pour l’accomplissement de quelque chose que l’âme de l’Amérique souhaitait accomplir depuis longtemps. Lorsque le général Pershing, se tenant au pied de la tombe de La Fayette, a
dit : « La Fayette, nous voici ! » ce fut comme s’il avait dit : « La Fayette, voici la conclusion de la grande histoire dont tu nous as aidés à parachever le premier chapitre ! »

Le monde a vu le grand complot faire faillite, et maintenant le peuple de France peut demeurer certain que sa prospérité est garantie parce que ses foyers sont garantis, et partout les hommes souhaitent non seulement la sécurité et la prospérité de la France, mais ils sont prêts à lui affirmer qu’avec toute la force et la richesse dont ils disposent ils garantiront sa sécurité et son intégrité.

Ainsi, lorsque nous siégeons, jour après jour au Quai d’Orsay, je pense en moi-même : « Nous pourrions, si nous arrivions à nous faire entendre par les peuples libres de l’univers, emprunter le langage du général Pershing, et dire : ‘‘Nous voici, amis, hommes, humbles femmes, petits enfants, nous sommes ici vos amis, vos champions, vos représentants. Nous allons faire un monde pour vous dans lequel il fera bon de vivre et au milieu duquel toutes les nations pourront jouir de l’héritage de liberté que la France et l’Amérique et l’Angleterre et l’Italie ont si chèrement
payé !’’ »

Les « quatorze points » du projet de paix de Wilson

1. Des traités de paix ouverts, négociés librement de manière transparente
2. La liberté de navigation sur les mers
3. La liberté du commerce international
4. La réduction des armements
5. Le règlement des questions coloniales
6. L’évacuation du territoire russe
7. La restauration de la souveraineté belge
8. Le retour de l’Alsace-Lorraine à la France
9. Le réajustement des frontières italiennes selon le principe des nationalités
10. Le développement autonome des peuples d’Autriche-Hongrie
11. L’évacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro
12. Le développement autonome des nations sous domination turque et le libre franchissement des Dardanelles
13. La renaissance d’un État polonais souverain disposant d’un libre accès à la mer
14. L’institution d’une Société des nations

Huma 14 points

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un président americain en France