Mots clés :

Tavannes, tunnel de Tavannes, témoignages, 

Il s’agit d’un ancien tunnel ferroviaire construit en 1870, long de 1 500 mètres et large de 5 mètres qui reliait Verdun à Metz.

La nouvelle frontière imposée en 1871 fait du tunnel un site stratégique qui pouvait permettre à l’ennemi d’atteindre la place forte de Verdun, entre les forts de Tavannes et de Souville. Durant le Premier Conflit mondial, l’évolution des lignes de front empêcha l’utilisation de la voie ferrée. Le tunnel ferroviaire fut surveillé jusqu’en 1916, il était prévu de le détruire en cas d’approche de l’ennemi.

En 1916, le tunnel était surpeuplé de soldats français (1.500 à 2.000 poilus) de divers services et unités combattantes (état-major, fantassins, sapeurs du génie…), qui en firent un abri et un point de passage sécurisé entre le front et l’arrière. Ce tunnel servi également de poste de secours et de poste de commandement.

Pour les soldats présents dans le tunnel, les conditions de vie étaient particulièrement difficiles.

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1916 une explosion accidentelle d’un dépôt d’essence et de grenades provoqua un incendie qui dura plusieurs jours et fit environ 475 morts. Les corps des soldats ayant péri lors de ce tragique épisode furent ensevelis au cimetière militaire de Dugny.

Après la Grande Guerre, le tunnel fut remis en état pour la circulation ferroviaire.

Tunnel Tavannes map

Le tunnel ferroviaire de Tavannes, reliant Verdun à Étain, a été converti en abri, de même qu’en point de passage sécurisé entre le front et l’arrière immédiat. S’y concentrent en nombre prodigieux et dans de déplorables conditions d’hygiène et de vie, toutes sortes de troupes et services. Début septembre 1916, le tunnel est ainsi occupé par divers éléments de la 73e division : état-major de la 146e brigade, fantassins du 8e RI, sapeurs du 8e génie, territoriaux des 22e, 24e et 98e de réserve, enfin les formations sanitaires des 346e, 367e, 368e et 369e RI, avec, dans leurs ambulances, beaucoup de blessés en transit entre le front et les hôpitaux de l’arrière.

La police y est assurée par les prévôtaux qui tentent d’y maintenir un semblant d’ordre et d’organisation. Au mois d’août 1916, les gendarmes du capitaine Meunier, prévôt de la 27e DI, desservent ainsi durant trois semaines le tunnel, dans des conditions éprouvantes. Le 26, lorsqu’ils sont relevés par la prévôté de la 73e DI, « deux jours de repos complets sont laissés aux militaires descendant de ces postes pour se reposer et se nettoyer », ordre singulier qui désigne assez l’état dans lequel se trouvent ces militaires au sortir du souterrain. Leur tâche se double souvent d’un devoir d’assistance, sur lequel insiste le témoignage de Charles Appert, soldat au 26e bataillon de chasseurs à pied : « À l’entrée du tunnel de Tavannes se trouvait un brave gendarme qui, apprenant que je n’avais rien pris depuis deux jours, s’est empressé de me ravitailler en vin, viande et café. Lorsque j’entends maudire les gendarmes de Verdun, je cite toujours celui-là comme exemple. Il n’était pas un embusqué. »

Le poste de gendarmerie logé à l’extrémité du conduit n’est en effet pas sans danger. Exposé aux bombardements ennemis, il va surtout faire les frais d’un danger venu de l’intérieur. Le 4 septembre 1916, une explosion secoue toute la région. Un incendie vient de se déclarer, se propageant à l’ensemble du matériel et des munitions imprudemment entreposés. Pendant plusieurs jours, le souterrain est livré aux flammes, causant près d’un millier de victimes. Le sous-officier et les cinq gendarmes responsables de la circulation dans le conduit ayant tous été tués, d’autres gendarmes de la 20e légion sont dépêchés sur les lieux, pour orienter les rescapés et tenter de dégager le tunnel. Mais leur impuissance est manifeste : « Pendant trois jours, personne n’a pu entrer. Puis, l’incendie se retirant vers le milieu, on a pu avancer peu à peu au milieu des décombres.

Aujourd’hui on atteint jusqu’à la bouche d’air verticale qui se trouve au centre. Beaucoup de malheureux ont voulu fuir par là, ils ont été asphyxiés par les gaz que dégageait l’incendie, et leurs corps entassés, emmêlés, forment des grappes impossibles à dénouer. »

Revue historique des armées : Louis Panel, La gendarmerie dans la bataille de Verdun (février-octobre 1916)

Le tunnel de Tavannes

Tunel de Tavannes50

 Partie orientale du tunnel

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 Ravin de l'entrée est

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Tunnel de tavannes coté Verdun

 Le tunnel de Tavennes

Le seul tunnel qui existait à la première guerre (construit en 1874) est celui de gauche sur la photo. 

Le second tunnel à droite a été construit en 1936.

 Plan tunnel de Tavannes

 Le Tunnel de Tavannes1

 Tunnel de Tavannes5

Tunnel de Tavannes carte

 Tunnel de Tavannes7

Tunnel de Tavannes 4 septembre 1916

René Le Gentil : « Ces hommes, tirés de leur sommeil pour vivre le plus atroce des cauchemars, fuyaient donc, pêle-mêle vers l'autre issue, à travers les flammes, et, pour lutter contre la fumée qui, par l'appel d'air de ce long boyau, les gagnait de vitesse, la plupart avaient adapté les masques contre les gaz.

Dans ce tunnel devenu le huitième cercle de l'Enfer, des centaines de damnés masqués participaient à cette course à la mort, butaient contre les traverses, tombaient sous les pieds des camarades, hurlaient le : « Sauve qui peut ! » féroce et égoïste de l'homme en danger, quand, devant eux, une terrible explosion se produisit... un feu d'artifice jaillit... trouant l'obscurité d'éclairs effroyables : c'était le dépôt de munitions qui sautait !

Le déplacement d'air fut tel que ceux qui se trouvaient à la sortie, du côté de Fontaine-Tavannes, faillirent être renversés.

Tunnel de Tavannes photo 2

Tunnel de Tavannes photo

 Tunnel tavannes 1916

La sortie nord-est du tunnel au moment des offensives, entre juillet 1916 et printemps 1917.

C'est par là que s'échappèrent les survivants de la catastrophe du 4 septembre 1916. On remarque la destruction intégrale du parement et la mise à nu de la voûte ainsi que le ravinement du talus qui la surplombe.

 Tunnel de Tavannes85

Le Miroir, 23 juillet 1916

Voir les liens :

http://www.fortiffsere.fr/verdun/index_fichiers/Page589.htm 

http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/fortifications-tavannes.htm#tunnel

http://www.chtimiste.com/batailles1418/combats/tavannes.htm

http://derelicta.pagesperso-orange.fr/tavannes5.htm

https://www.verdun1916.eu

Tunnel de Tavannes

Pertes.

Sont disparus dans l’incendie du tunnel de Tavannes :

  • 146e brigade : colonel Florentin, commandant de brigade.
  • 356e R. I – 28 hommes.
  • Compagnie du génie 26/53 – 23 hommes.
  • Service de santé – 1officier – 101 hommes.
  • 24e régiment territorial – 3 officiers – 191 hommes.
  • 98e régiment territorial – 4 officiers – 123 hommes.

Témoignages : 

Dans son carnet de tranchée à la date du 4 septembre 1916, le soldat René Le Gentil apporte cette explication :

« A la suite d’un accident, le groupe électrogène placé à l’entrée a sauté causant l’incendie des baraquements. Dans cet étroit boyau où s’amoncelaient, comme à défi, les matières les plus combustibles, le feu s’est propagé rapidement hélas! Et les malheureux qui se trouvaient-là, guettés par la flamme et l’asphyxie, ont fini en groupe du côté opposé. Ces hommes, tirés de leur sommeil pour vivre le plus atroce des cauchemars, ont fini pêle-mêle, vers l’autre issue à travers les flammes et pour lutter contre la fumée qui, par l’appel d’air ce long boyau, les gagnait de vitesse, la plupart ont adapté les masques contre les gaz ». 

« Dans ce tunnel devenu le huitième cercle de l’Enfer, des centaines de damnés masqués ont participé à cette course à la mort, buté contre les traverses, tombant sous les pies des camarades, hurlant le sauve-qui-peut, féroce et égoïste de l’homme en danger, quand devant eux, une terrible explosion s’est produite…un feu d’artifice jaillissant…trouant l’obscurité d’éclairs effroyables : c’était le dépôt de munitions qui sautait! Près de mille hommes ont perdu la vie ». 

Il complète ensuite ainsi ce récit : « Lorsque deux jours plus tard, on put dégager l’entrée du tunnel, on ne retrouva rien, rien que des restes humains calcinés qui tombèrent en poussière dès qu’on les toucha ».

Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. : " Nous arrivons à l'issue est du tunnel de Tavannes.
La boue s'étale gluante, des milliards de mouches volent en tous sens et tapissent les parois du tunnel ; dans tous les coins et sur les multitudes d'immondices, accumulées partout, grouillent les asticots et les contorsions de leurs petits corps blancs amènent des nausées de dégoût ; l'air, chargé de chaleur humide et imprégnée d'odeur de cadavres, de putréfaction, de sécrétions acides, de corps en sueur et de fientes humaines, est irrespirable ; les gorges se contractent en un réflexe nauséeux.
C'est par cette issue est que le tunnel communique avec le champ de bataille, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement, où les projectiles de tous calibres prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.
Et c'est un lieu de passage qu'on ne peut éviter, où défilent ravitaillent, réserves, agent de liaison, relèves, blessés. Les Boches le savent bien. Les obus, petits, moyens et gros, éclatent sans interruption, sur un parcours de 12 à 15 mètres, devant l'entrée du tunnel, soit à la cadence d'un tir de mitrailleuses lorsqu'il y a barrage, soit à l'intervalle d'une minute ou d'une demi-minute ; c'est infernal ! Que de malheureux ont été anéantis à cet endroit ! "

L’abbé Thellier de Poncheville qui officie comme soignant et aumônier dans la région fortifiée de Verdun relate aussi une rigueur remarquable, la tragédie humaine du tunnel de Tavannes dans son carnet à la date du 4 septembre 1916.  « La foudre éclate sans interruption depuis hier sur les hauteurs de Tavannes. Les roulements du canon, à force d’ébranler l’air, acquièrent une puissance effrayante, des sonorités étranges, fortes et lointaines, comme si elles venaients d’au-delà de la terre. D’en dessous ou d’au-dessus ? Est-ce la haine de l’enfer déchaînée ? Est-ce le courroux de Dieu passant sur le monde ? Vingt-quatre heure durant, cette colère gronde, sinistre, angoissante. Mais la pluie survient. Elle noie la bataille. Le silence se fait ».

Le calme ne revient pourtant pas puisque le prêtre écrit :  » C’est le moment même où une épouvantable catastrophe se produit dans le tunnel de Tavannes. Un dépôt de grenades placé à l’un des issues prend feu. Les flammes se communiquent à des bidons d’essence qui servent à actionner la machine électrogène. En quelques minutes, tout flambe, tout saute. La commotion, l’incendie, la fumée, projettent la panique et la mort dans les baraquements de bois qui s’embrasent et d’où la fuite est presque impossible. Des centaines de soldats tombent asphyxiés. Ceux qui parviennent à gagner l’autre extrémité du tunnel face aux boches, hésitent à sortir, sous le bombardement qui fait rage. Il y a urgence cependant à dégager le passage pour permettre aux survivants de s’échapper de la fournaise. Un colonel, le revolver au poing, puisse dehors ce troupeau terrorisé, sous le tir ennemi qui fait de nouvelles victimes ».

L’abbé conclut :  » Le ciel s’éclaire. Autour du monstrueux bûcher souterrain qui continuera plusieurs jours à consumer ses cadavres, la nuit redevient sereine. Tant de beauté au firmament, tant de douleurs sur terre ! »

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 Lectures pour tous, 1er avril 1918