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défunts, démobilisation, morts, exhumations, décès, tombe, Poilus,

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Avis de décès, restitution des corps

1919-1921 : la démobilisation de nos Poilus

Bilan mondial, français, belge 14-18. Tant de morts !

La tombe du fils

Mes chers parents,

Si cette lettre vous parvient ça sera que je serai foutu. Je vous prie de ne pas trop vous chagriner. Efforcez-vous de vivre avec mon souvenir et que mon image vous soutienne jusqu'au bout.
Je serai allé rejoindre un peu avant vous le pays où l'on n'existe qu'à l'état de souvenir.

Efforcez-vous d'entretenir dans ces pensées Emile : qu'il ne m'oublie pas et je désire qu'il soit fier de moi. Mettez-le au lycée dans une classe de science et qu'il fonde une famille afin de conserver notre nom, notre sang et notre souvenir.
A Dieu mes chers parents, soyez bénis. Je vous ai bien aimés beaucoup, beaucoup. 
Léon-Auguste Guirande,
Instituteur de Corrèze, né en 1892, mort le 13 avril 1915 à Flirey.
Lettre extraite de Paroles de Poilus, Tallandier, 1998.  

Tombe soldat GG

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Aux Eparges, dessin de Georges Leroux

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La tombe du fils, dessin de Alexis de Broca

 

Mort du fils

 Le jour des morts, 7 novembre 1914, dessin de Lucien Jonas

Souvent, on enterre les hommes à proximité du front dans de petits cimetières, parfois même les tombes sont isolées et seront regroupées après-guerre en des ensembles funéraires plus importants voire en de gigantesques ossuaires, à Notre-Dame de Lorette ou à Douaumont par exemple.

En lieu et place des charniers, les combattants creusent donc des tombes individuelles et gravent les noms des défunts sur des croix de bois de fortune ou encore les écrivent sur des bouts de papier qu’ils glissent dans des bouteilles.

Au total, un tiers des militaires identifiés ont été ramenés à l’arrière et « démobilisés » (à titre posthume s'entend). Pour les familles qui souhaitent conserver le corps de leurs défunts au front, sur la terre où ils sont tombés, l’État se fait un devoir de payer une fois par an le déplacement du domicile au cimetière.

En France, le droit à une tombe clairement individuelle et identifiée est inscrit dans la loi du 29 décembre 1915. Ainsi se construit ainsi une nouvelle pratique funéraire fondée sur l’identification des défunts, l’inhumation dans un cercueil, l’information de la famille, l’organisation si possible d’obsèques respectant la religion de l’individu, le suivi et l’entretien de la tombe.

Le chaos des exhumations, un traumatisme supplémentaire :

Les journaux parisiens révèlent les conditions particulièrement pénibles et humiliantes que doivent endurer les familles souhaitant récupérer les dépouilles des soldats morts au front afin de leur offrir une sépulture digne.

La Presse, l'un des premiers grands quotidiens populaires français, expose sans détours, dans son article Le scandale des exhumations militaires, les faits et les défaillances inconcevables des pouvoirs publics...

GG

La Presse, 26 Avril 1922

Film que l'on peut voir :

La vie et rien d'autre de Bertrand Tavernier (1989).

Une réflextion sur le deuil collectif.

La vie et rie d autre

C’est la chronique d’un pays en deuil au lendemain de la Première Guerre mondiale que nous proposait Bertrand Tavernier en 1989 dans La vie et rien d’autre.

Avec son érudition historique et les intuitions qu’il en tirait, le réalisateur interrogeait les blancs de l’histoire, les manières d’être et de faire, pour nous proposer sur grand écran les trajectoires croisées de deux femmes à la recherche de leurs amours perdus dans les tranchées.

Deux femmes accueillies sur les champs de bataille désertés de l’Est de la France par le commandant Delaplane (Philippe Noiret) en charge de ranger la guerre après sa fin. La grande bourgeoisie incarnée par le personnage d’Irène de Courtil y rencontre l’institutrice Alice qui se soutiennent pour scruter les effets personnels retrouvés dans les charniers à ciel ouvert à la recherche d’un objet minuscule, une tasse ou une chevalière, qui signalerait que les hommes qu’elles attendent encore ont terminé leur parcours ici.

Leur quête interroge Delaplane, chargé de lister, d’identifier, de restituer les soldats disparus, une tâche obsessionnelle, un décompte permanent devenu son enjeu primordial, une obsession qui lasse ses supérieurs rendus insensibles aux 20, 50 ou 250 000 matricules sans corps parmi le million et demi de morts sur les champs de bataille.

Sources :

https://www.herodote.net/La_demobilisation_des_morts-synthese-2310-435.php

https://www.herodote.net/De_la_fosse_commune_a_la_tombe_individuelle-synthese-1961-435.php

https://www.dessins1418.fr/portfolio/alexis-de-broca-la-tombe-du-fils/

La Presse 1922 04 26