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Vingré, monuments aux morts, général de Villaret, Blanchard, Durantet, Gay, Quinault, Pettelet, Floch,

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Printemps 1917 : le temps des mutineries

Les fusillés de la Grande Guerre

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Un incident pris pour exemple

Avec la tombée de la nuit, les Allemands en profitent pour investir les lieux par surprise et ne rencontrent que peu de résistance. Ils avancent dans la tranchée et surprennent deux demi-sections en train de partager la soupe. Ces derniers cèdent à la panique.

Le sous-lieutenant Paulaud donne alors l’ordre à ses troupes (ce qu’il a ensuite nié) de se replier dans la tranchée de résistance, située 200 mètres en arrière. Le même officier intime ensuite l’ordre de repartir en première ligne, d’où l’ennemi s’était déjà retiré.

Ce qui n’aurait dû rester qu’un incident va alors devenir un drame. Car l’État-major entend faire un exemple. Toute la demi-section, composée de vingt-quatre soldats, est ainsi déférée devant le Conseil de guerre.

« Abandon de poste devant l’ennemi »

On parle au départ d’une sanction disciplinaire de huit jours supplémentaires en tranchée de première ligne. Mais le général de Villaret, commandant le corps d’armée, l’entend d’une autre oreille. Tout comme le colonel Pinoteau, président de la cour martiale et commandant du régiment qui souhaite voir fusiller tous ces soldats. Placés par ordre, comme ils l’étaient dans la tranchée, les six premiers sont finalement désignés, dont le caporal Floch, qui avait pourtant été fait prisonnier par les Allemands avant de s’enfuir.

Les six soldats ont eu juste le temps d’écrire une dernière lettre à leurs familles.

Le caporal Floch et les soldats Blanchard, Durantet, Gay, Quinault et Pettelet sont ainsi condamnés à mort pour « abandon de poste devant l’ennemi ».

Villaret 1915

 Étienne de Villaret, le 10 avril 1915

Les fautifs jamais poursuivis

Les prisonniers faits ce jour-là sont également condamnés à mort. Mais eux, partis en captivité, éviteront cette mort indigne. Le 4 décembre 1914, à 7h30, six soldats sont passés par les armes, en présence de quatre compagnies des 216e, 238e et 298e, tous régiments de la Loire.

De nombreux témoins de cette injustice avaient promis de rétablir la vérité à la fin de la guerre. Ils le firent. Les témoignages en faveur des condamnés furent nombreux.

Le 29 janvier 1921, au terme d’un procès très médiatisé, la cour de cassation annula le jugement du Conseil de guerre spécial du 3 décembre 1914. Les six soldats fusillés sont alors reconnus morts pour la France et sont décorés de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.

En hommage aux martyrs

En séance du conseil municipal du 17 octobre 1921, les élus de Saint-Étienne décident que la rue Saint-Jacques portera désormais le nom de rue des fusillés de Vingré, modifiée ensuite en mars 1922 en rue des Réhabilités de Vingré, puis rue des Martyrs-de-Vingré.

À Ambierle, commune de Blanchard et Durantet, il existe une place des Martyrs-de-Vingré. La ville de Roanne avait prévu de dénommer une rue des Fusillés de Vingré en séance du 22 décembre 1921. Une autorisation qui sera refusée par le sous-préfet sur avis du ministère de l’Intérieur.

Dans l’Allier, d’où étaient originaires deux soldats, il existe une rue de Vingré à Vichy et à Tréteau. Un monument commémoratif a été érigé à Vingré, sur l’initiative des anciens combattants du 298e RI, inauguré le 5 avril 1925.

https://www.leprogres.fr/loire-42/2018/11/10/l-injuste-execution-des-martyrs-de-vingre-pendant-la-guerre-de-14-18

Les six fusillés de Vingré de l’Aisne sont :

  • Jean Blanchard, né le 30 septembre 1879 à Ambierle (Loire), marié, sans enfant, cousin germain de 
  • Francisque Durantet, né le 5 octobre 1878 à Ambierle (Loire), marié, père de deux garçons. 
  • Paul Henri Floch, né le 31 juillet 1881 à Breteuil-sur-Iton (Eure), marié, sans enfant. 
  • Pierre Gay, né le 30 novembre 1884 à Tréteau (Allier), marié, sans enfant, 
  • Claude Pettelet, né le 13 février 1887 à La Guillermie (Allier), marié père d’un garçon. 
  • Jean Quinaud, né le 14 mars 1886 à Saint-Victor (Allier), marié, sans enfant.

Le caporal Henry Floch, gréffier de justice de paix à Breteuil (Oise) dans le civil, a été fusillé le 4 décembre 1914, avec les cinq soldats Blanchard, Durantet, Gay, Pettelet et Quinault.

Les six fusillés seront réhabilités dès le 21 janvier 1921.

Après une attaque qui avait échoué et une retraite des troupes, ces six hommes, de la 19ème compagnie du 298ème R.I., furent tirés au sort parmi vingt-quatre soldats de deux escouades et exécutés pour l’exemple.

Cette parodie de jugement fut pris à la suite des directives données au conseil de guerre par le général de Villaret pour « aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance ».

Monument aux morts de Vingré 

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 Inauguration, le 5 avril 1925

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Les « 6 de Vingré »

Dans les premiers mois du conflit, face à une armée qui n’a pas encore su faire ses preuves, la justice militaire se montre particulièrement dure et sévère avec ses propres soldats. La volonté est de « punir pour l’exemple » en cas d’acte d’insoumission.

Sélectionnés arbitrairement parmi des inculpés, les soldats passent en conseil de guerre puis sont condamnés à mort.

L’affaire de Vingré est représentative à plus d’un titre, d’abord par le nombre d’exécutions dans une même unité, et par les circonstances de leur condamnation. 

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 Jean Blanchard, Jean QuinaudPaul Henri Floch, Francisque Durantet

Claude Pettelet, Pierre Gay

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Il est inscrit sur le monument :

Dans ce champ sont tombés glorieusement
le caporal Floch,
les soldats
Blanchard, Durantet, Gay
Pettelet et Quinaud
du 298e R.I.

Fusillés
le 4 décembre 1914

Réhabilités solennellement
par la Cour de Cassation
le 29 janvier 1921

Hommage des anciens combattants du 298e R.I.
à la mémoire de leurs camarades
morts Innocents
Victimes de l'exemple

  Mutinerie 17

Lire les documents :

Les mutinés de 1917

Réhabilitation Vingré

Ordre état major Vingré

J-O 21 février 1921

Voir le lien : 

http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fsoissonnais14-18.net%2Farticles.php%3Flng%3Dfr%26pg%3D150%26mnu_modecol%3DW 

Hommage des anciens combattants du 298e R.I. ,

morts Innocents, Victimes de l'exemple.

Claude Lafloque Vingré

Jean Blanchard

Jean Blanchard

Lettre adressée à sa bien-aimée, le 3 décembre 1914, 11 heures 30 du soir.

Ma chère bien-aimée, c'est dans une grande détresse que je me mets à t'écrire et si Dieu et la Sainte Vierge ne me viennent en aide, c'est pour la dernière fois…

Je vais tâcher en quelques mots de te dire ma situation mais je ne sais si je pourrai, je ne m'en sens guère le courage. Le 27 novembre, à la nuit, étant dans une tranchée face à l'ennemi, les Allemands nous ont surpris, et ont jeté la panique parmi nous, dans notre tranchée, nous nous sommes retirés dans une tranchée arrière, et nous sommes retournés reprendre nos places presque aussitôt, résultat : une dizaine de prisonniers à la compagnie dont un à mon escouade, pour cette faute nous avons passé aujourd'hui soir l'escouade (vingt-quatre hommes) au conseil de guerre et hélas !

Nous sommes six pour payer pour tous, je ne puis t'en expliquer davantage ma chère amie, je souffre trop, l'ami Darlet pourra mieux t'expliquer, j'ai la conscience tranquille et me soumets entièrement à la volonté de Dieu qui le veut ainsi ; c'est ce qui me donne la force de pouvoir t'écrire ces mots, ma chère bien-aimée, qui m'a rendu si heureux le temps que j'ai passé près de toi, et dont j'avais tant d'espoir de retrouver. Le 1er décembre au matin, on nous a fait déposer sur ce qui s'était passé, et quand j'ai vu l'accusation qui était portée contre nous et dont personne ne pouvait se douter, j'ai pleuré une partie de la journée et n'ai pas eu la force de t'écrire…

Oh ! Bénis soient mes parents qui m'ont appris à la connaitre !

Mes pauvres parents, ma pauvre mère, mon pauvre père, que vont-ils devenir quand ils vont apprendre ce que je suis devenu ?

Ô ma bien-aimée, ma chère Michelle, prends-en bien soin de mes pauvres parents tant qu'ils seront de ce monde, sois leur consolation et leur soutien dans leur douleur, je te les laisse à tes bons soins, dis-leur bien que je n'ai pas mérité cette punition si dure et que nous nous retrouverons tous en l'autre monde, assiste-les à leurs derniers moments et Dieu t'en récompensera, demande pardon pour moi à tes bons parents de la peine qu'ils vont éprouver par moi, dis-leur bien que je les aimais beaucoup et qu'ils ne m'oublient pas dans leurs prières, que j'étais heureux d'être devenu leur fils et de pouvoir les soutenir et en avoir soin sur leurs vieux jours mais puisque Dieu en a jugé autrement, que sa volonté soit faite et non la mienne. Au revoir là-haut, ma chère épouse.

Jean.

Jean Blanchard fiche

Vingré Blanchard

 Diplôme de réhabilitation de Jean Blanchard.

Jean Quinaud

Jean Quinault Vingré

Jean Quinaud, né le 14 mars 1886 à Saint Victor (Allier), cultivateur, marié le 13 juin 1914 à Huriel, Inhumé à Vallon-en-Sully.

Jean Quinaud Vingré

 Guinaud Vingré3

Claude Pettelet

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Claude Pettelet, 27 ans, cultivateur à la Guillermie (Allier), marié, un enfant, inhumé à la Guillermie;

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Pierre Gay

Pierre Gay Vingré

Pierre Gay, 30 ans, cultivateur au domaine du Vieux Chambord à Treteau (Allier), marié, inhumé à Treteau.

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 Pierre Gay Vingré3

Paul Floch

Floch Paul Vingré

Francisque Durantet

Durantet Vingré

La presse

 OE Vingré1    OE Vingré2

 L'Ouest-Eclair, 26 Janvier 1920

Vingré revision du proces

Le Petit Parisien, 25 Novembre 1920

OE Vingré3

OE Vingré4

 L'Ouest-Eclair, 5 Octobre 1921

Intran Vingré

L'Intransigeant, 29 Janvier 1921

Procès Vingré1

Pricès Vingré2

Excelsior, 06 Octobre 1921

Vingré Mémoire

Excelsior, 18 Octobre 1921