Mots clés :

Kerhuon, obus, fabrication d'obus, poudrerie du Moulin-Blanc, poudrerie de St-Nicolas, poudre B, usine pyrotechnie St Nicolas, Bretagne, usine de guerre, coton-poudre, Guipavas, nitrocellulose,

Je remercie un copain d'Avril, habitant près de Brest pour sa contribution à la rédaction de cet article.

Pendant la Grande Guerre, la poudrerie de Kerhuon fabriquait de la nitrocellulose (coton-poudre) et la pyrotechnie de St Nicolas située à Guipavas fabriquait des obus, qu'elle remplissait de la poudre du Moulin Blanc.

obus all

 

rade de Brest

 La rade de Brest

Moulin-Blanc est en 2/3 rouge

Le site de St Nicolas se situe sur la même rive de l'estuaire à l'est de Moulin-Blanc

La poudrerie du Moulin-Blanc, Kerhuon

L'origine du nom Moulin-Blanc tient à la présence avant la construction de la Poudrerie du vieux moulin du Stangalard, aujourd'hui disparu, qui permettait de repérer les navires qui s'approchaient de la côte.

Le Moulin-Blanc fut le lieu d'implantation d'une Poudrerie d'État, un établissement où l'on fabriquait un explosif, le coton-poudre.

La Poudrerie du Moulin-Blanc fut construite entre 1886 et 1884. Elle prospéra jusqu'en 1940. Elle est détruite en 1940 avant l'arrivée des troupes allemandes. La présence de cette usine qui embaucha de nombreux ouvriers et ouvrières fut une chance pour le Relecq-Kerhuon et les campagnes environnantes. Le travail y était difficile : aux journées de douze heures s'ajoutait une discipline rigoureuse à cause des risques d'explosions et d'incendie.

L'année 1887 marqua le début de la production de coton-poudre, qui atteignit 1.000 tonnes en 1900. En 1907-1908, le travail se fit plus rare et l'entreprise dût licencier de nombreux ouvriers, engendrant des manifestations. Pendant la Première Guerre Mondiale, la production de coton-poudre explosa et les effectifs augmentèrent considérablement.

Quelques années plus tard, à la production de coton-poudre vinrent s'ajouter la réparation de wagons de marchandises et la fabrication de la nitroglycérine. 

En 1914, la poudrerie emploie 736 ouvriers et 221 ouvrières et en 1917, la production atteint jusqu'à 50 tonnes par jour avec 2500 ouvriers et 3000 ouvrières. La même année des grèves immobilisent l'établissement pendant cinq jours, à l'initiative des femmes qui revendiquent des augmentations de salaire. 

Après la défaite de 1870 contre les Prussiens, il est décidé de moderniser l'armée française et notamment l'artillerie. Pour mettre en oeuvre la nouvelle technique du coton-poudre, le site du Moulin-Blanc, proche du port militaire de Brest, de la voie ferrée et de l'eau du Costour, est choisi et l'usine commence à se construire à partir de 1875.

Sur 6 ha s'échelonnent les différents bâtiments nécessaires à la fabrication du coton poudre, procédé relativement complexe emprunté aux ingénieurs anglais. Très vite la production démarre et une centaine de personnes y travaille. Au début, l'usine est une annexe de celle de Pont-de-Buis-les-Quimerc'h, qui lui fournit ses cadres. Ainsi deux ingénieurs, Léopold Maissin et Albert Louppe, promis à de brillantes carrières se succèdent-ils au poste de directeur.
Une nouvelle technique, celle de la poudre B, associant les deux usines, détermine le développement et l'autonomie de la nouvelle poudrerie, qui emploie plus de 700 ouvriers en 1889. Prévue à l'origine pour produire une tonne de coton-poudre par jour, elle en fabrique cinq fois plus et il faut vite trouver des terrains pour le stockage, faire un barrage sur le ruisseau du Costour pour répondre aux énormes besoins d'eau. La main d'oeuvre est recrutée dans tout le Léon et le Finistère central. Les conditions de travail sont rudes (12 heures par jour, émanations toxiques de gaz) mais le salaire est bon et les avantages sociaux enviables (cantine, coopérative, société de secours mutuels).
Lorsque survient la guerre, la poudrerie devient un élément fondamental de la défense nationale et de nouvelles extensions sont nécessaires tandis que le nombre des employés passe à près de 3.000, dont de très nombreuses femmes venues remplacer les hommes partis au front. Une garderie-pouponnière est même installée à Sainte-Barbe.
Il faut donc imaginer l'activité intense à l'usine du Moulin-Blanc, à la Cantine et à la gare du Rody d'où partent les marchandises et où transite une partie des employés.

D'après Raymond Quentel, L'histoire du Relecq-Kerhuon et des Kerhorres, tome II, 1997

 Poudrerie du Moulin blanc

 moulin blanc poudrerie6

Kerhuon la poudrerie av guerre

 La poudrerie en 1914

Kerhuon la poudrerie sortie d usine

Kerhuon la poudrerie

 Kerhuon la poudrerie2

 Agrandissements successifs de la poudrerie

 Extrait de Raymond Quentel, L'histoire du Relecq-Kerhuon et des Kerhorres, 1997

 Moulin M

Marquage des obus :

  • BR Pyrotechnie St Nicolas de Brest Fab Brest
  • PB Poudrerie P Pont de Buis
  • M  Poudrerie P Moulin Blanc

http://forest.frenchboard.com/t391-abreviation-munitions-francaises

moulin blanc poudrerie5  Journée poilu finistère

Un agent technique de Moulin-Blanc fait une demande d'affiche auprès de l'Amiral de l'arsenal :

Monsieur l'Amiral,

Dérireux de possèder l'affiche de M. Th. Peyrolle, conformement à la note insérée dans le Brest télégramme ....

Cette affiche publicitaire est destinée à la Journée du Finistère du 10 Octobre 1915.

La poudrerie de St-Nicolas, Guipavas

Cette usine de fabrication et d'entretien des armements destinés à la Marine nationale n'est à l'origine qu'un simple dépôt de poudres de guerre. Construit sur 8 hectares, l'établissement s'étend par la suite sur 130 hectares et comprend des magasins de munitions ainsi que des ateliers où sont expérimentées des technologies de pointe. 

Kerhuon la poudrerie3

kerhuon anse2

Cette vue aérienne, probablement postérieure à la guerre, donne cependant un bon aperçu du site de Saint-Nicolas. En Guipavas et sur les bords de l'Elorn, il est accessible par mer et par voie ferrée. Les quais, à l'est, et la gare de Kerhuon permettent l'arrivée et le départ des approvisionnements et des produits finis.

pyrotechnie st nicolas

kerhuon anse

 Extrait de l'ouvrage de Raymond Quentel, Le Relecq-Kerhuon et les Kerhorres, page 161

Dépèche de Brest anse de Kerhon

 Dépèche de Brest anse de Kerhon1

Les lieux sont soumis aux règlements militaires.

La Dépêche de Brest, vendredi 15 mars 1918, page 4

Dès 1917, la nécessité d'agrandir le domaine de la Pyrotechnie s'impose. Les démarches d'expropriation de plus de 71 ha sont menées tambour battant, essentiellement aux dépens de la comtesse de la Poype, née Bonamy, qui doit même céder son château de Kerhuon.

agrand st nicola2

   La Dépêche de Brest, vendredi 15 mars 1918, page 4

La Poudre B, le coton-poudre, nitrocellulose

Le coton-poudre est un mélange de deux produits, CP1 et CP2. Les CP1 sont insolubles dans le mélange éther + alcool, solubles dans l'acétone et dans l'acétate d'éthyle. Ils contiennent environ 13,6  p. 100 de N2 ; leur densité est de l'ordre de 1,655. Les CP2 sont solubles dans le mélange éther + alcool, l'acétone et l'acétate d'éthyle. Ils contiennent environ 12  p. 100 de N2 ; leur densité est de l'ordre de 1,63.

On prépare le coton-poudre en partant de cotons à fibres courtes, séchées, que l'on soumet à la nitratation, par action d'un mélange sulfonitrique (composition approximative : 20  p. 100 de NO3H, 70  p. 100 de SO4H2, 10  p. 100 de H2O) à la température ambiante. Autrefois, l'opération se faisait par trempage en pots ou en auges, avec la turbine Selwig ou dans les vases Thompson. Aujourd'hui, on utilise des réacteurs en acier inoxydable munis d'agitateurs. Après la nitratation, le produit obtenu subit encore un certain nombre de traitements : essorage, lavage, stabilisation en autoclave à 110 0C, déchiquetage, cuisson dans l'eau à 100 0C, relevage et essorage.

Les CP1 sont des explosifs brisants, à déflagration instantanée, explosant sous l'action d'un détonateur de fulminate et d'une amorce de coton-poudre sec. Ils servent à la fabrication de poudres sans fumée.

Le mélange de CP1 et de CP2 fournit également la poudre de guerre appelée poudre B.

Usines produisant du coton-poudre :

  • 1911 Moulin-blanc
  • 1911 Angoulême
  • 1915 Toulouse
  • 1916 Bergerac

production fr coton podre

 obus all

 La poudre B est à base de coton-poudre ou fulmicoton ou encore pyroxyle. Le coton-poudre est un corps détonant qu'on obtient en traitant du coton cardé par un mélange d'acide sulfurique et nitrique. C'est de la nitrocellulose, corps éminemment explosible, surtout à l'état sec.

 La poudre B1

la poudreb2

La poudreB3

Vous vous prépariez à périr glorieusement.

La République pleine de sollicitude vous réserve une mort plus facile, en pleine paix.

Vous sauterez et vous danserez le quadrille sans musique.

Les ingénieurs, les poudriers, les polytechniciens et les nullités parlementaires vous contemplent.

Tenez-vous bien.

Le coton poudre

 Schéma de fabrication du coton à poudre

moulin blanc publicité

 Affiche publicitaire

Voir le lien :

http://gilles.berthou.pagesperso-orange.fr/Relecq/Relecq_pyro.htm

Le service des poudres

Fabrication d'obus à l'usine pyrotechnie St Nicolas, Guipavas

Avant guerre, les ateliers étaient exclusivement peuplés d'hommes. Pendant la guerre, les femmes remplacent les hommes mobilisés.

On embauche des jeunes filles dès 16 ans.

Elles représentent les 2/3 des 3.000 employés à la fin de la guerre.

Pyro Brest1

 Préparation des obus de 340 mn avant le chargement de la poudre explosive

Pyro Brest2

Dépôt des obus après le vernissage

Pyro Brest4

 Débossellement des douilles de 75 mn après usage.

Les douilles sont reconditionnées pour être réutilisées

Pyro Brest51

Bain de dégraissage des obus de 115 et 340 mn

Pyro Brest3

Marquage des obus

Pyro Brest6

 Alésage et nettoyage après le chargement des gaines des obus de 75 mn

Pyro Brest7

Lavage des obus de 75 mn

 

Voir l'article sur Citroën Javel, usine de guerre :

http://87dit.canalblog.com/archives/2016/10/29/34496651.html

 

Voir l'article sur les usines de guerre :

http://87dit.canalblog.com/archives/2016/11/29/34626278.html