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Henri Desbarbieux, Fernand Léger, Félix Valloton, 

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Fernand Léger, brancardier

Félix Vallotton, peintre graveur et illustrateur

Les estampes de la Grande Guerre

Henri Desbarbieux, 1888 -

Ce recueil de dessins est le témoignage d’un artiste mobilisé à Verdun (au 56ème bataillon de chasseurs à pied) qui a pris part au conflit et en a tiré matière à sonder la réalité de la guerre, en un vibrant appel antimilitariste, loin de toute rhétorique. 

Le travail que Desbarbieux a consacré à Verdun s'inscrit dans un courant d'expression
différent, appartenant à des artistes qui ont su transmettre directement les horreurs et la
férocité de la bataille comme Félix Vallotton, auteur du célèbre tableau intitulé Verdun
(Paris, musée de l’Armée), datant de 1917, ou Fernand Léger, qui s’est battu à Verdun et y a consacré un nombre important de dessins.

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 Explosion

L'image est dominée par l'immense masse sombre de fumée et de terre produite par l'explosion d'un obus, qui se diffuse dans le ciel en spirales denses dessinées à coup de traits rapides et dynamiques. En dessous, des soldats paniqués, visiblement accablés, cherchent désespérément un abri dans la dépression de la tranchée. On peut noter à quel point les traits qui servent à délimiter ces poilus sont sommaires, les transformant en fantômes, presque indiscernables de la terre qui les héberge, porteurs, dirait-on, d’un message de douleur universelle, encore plus que personnelle.

Au premier plan, le tronc rend visible les conséquences fatales du bombardement sur le monde naturel. Ici aussi, à l’instar de ce qui a déjà été observé dans d’autres oeuvres de la série, le point d’observation situé à une certaine distance de la scène et, en contrebas, conduit l’observateur par degrés, mais irrésistiblement, au coeur du drame des soldats. Avec cette représentation, l'artiste capte un aspect crucial de la guerre moderne : la petitesse et la fragilité de l'être humain face au poids écrasant d'une machine de guerre de plus en plus puissante, impersonnelle, oppressante et aliénante.

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 Eau et boue dans la tranchée

Cette estampe montre des soldats qui tentent désespérément de vider une tranchée inondée. Le point de vue, qui correspond au regard du combattant placé dans la tranchée, a pour effet d'impliquer l'observateur, le catapultant dans le drame qui se joue. Le corps à moitié plongé dans la boue nauséabonde, les hommes semblent épuisés, chacun isolé et refermé sur lui-même.

Le poilu au premier plan, accablé d'une ombre pesante, semble gesticuler confusément, bougeant avec difficulté, comme bloqué par l'effort exténuant et prolongé. Derrière lui, un compagnon, peut-être pour échapper à la tourmente de rester si longtemps trempé, se hisse sur le bord de la tranchée, s’asseyant à l’extérieur, menaçant gravement sa sécurité. Plus loin, un troisième soldat, représenté de dos, épuisé et complètement trempé, se tient avec difficulté au mur du boyau. Enfin, trois autres hommes en pleine lumière peuvent être identifiés.

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 Cauchemar

Nous voyons une chambre souterraine dans laquelle des lits sont serrés les uns à côté des autres. La lumière éclaire la pièce soulignant la voûte en berceau. L'environnement se caractérise par quelques éléments principaux : en haut à gauche, les escaliers menant à l'extérieur, plusieurs fusils reposant sur les murs, une besace accrochée et une lampe à huile fixée au plafond, dont la forme évoque, peut-être symboliquement, une cage.

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 À l'affût

Une vigie, représentée dans l’ombre et de dos, observe les positions ennemies à travers une mince ouverture creusée dans la paroi de la tranchée. Rien ne semble alarmer le militaire, dont l'inertie est également communiquée à l'observateur et qui devient, en quelque sorte, un participant de ce moment calme et sans événement.

Dans un tel immobilisme, chaque détail de l'image finit par acquérir des résonances mystérieuses, au point que le rouleau de fil de fer barbelé présenté à côté de quelques planches et outils de bois, apparait comme un objet placé là, en évidence, en pleine lumière et au premier plan, afin d’évoquer les instruments de la Passion du Christ, montrant, sans emphase et avec une intense poésie, l’empathie de l'artiste pour le triste destin de l'infanterie.

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Soldats au travail 

Dans ce "théâtre de la vie ", espace clos quelque peu angoissant, on peut observer, en prise directe, la vie quotidienne du poilu au travail. Placé au bout des marches menant à la tranchée au premier plan, un soldat au repos fume sa pipe tranquillement, tandis que son corps projette une ombre sinistre sur le mur. A un niveau intermédiaire, un soldat est représenté en mouvement de dos avec la pioche levée et son compagnon est occupé – vraisemblablement – avec une pelle.

À l'arrière-plan, où l'exposition à la lumière est la plus forte, deux personnages apparaissent, soulignés par les lignes de la pointe sèche. Ce sont des figures fragilisées, presque brisées par l’intensité lumineuse. L'oeil du spectateur se déplace, ainsi, des zones les plus proches et les plus protégées aux zones les plus lointaines, exposées et dangereuses, découvrant progressivement la dureté et la précarité de la vie du soldat.

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Funérailles militaires

Le point de vue est celui d'un observateur accroupi – peut-être à genoux – devant l’assistance. Les participants à cette triste cérémonie sont divisés en deux groupes bien différenciés : plusieurs hommes à l'arrière-plan et deux femmes, dans des poses affligées, du côté droit de l'image.

La vue en contre-plongée souligne les dimensions monumentales de la figure centrale du
prêtre, en train de bénir, et donne une grande importance à l’assistance qui l’entoure. La disposition de cette dernière confère à l’arrière-plan une dimension architecturale. Au milieu de l’image, cette verticalité statique est interrompue par la diagonale du cercueil et par les hommes en charge de l'inhumation représentés dans des poses sculpturales et manipulant les cordes, dans des mouvements saccadés, pour abaisser le cercueil. On peut remarquer comment la lumière tombant sur la caisse en bois, au couvercle fissuré, met en valeur sa matière première et sa fabrication hâtive.

La croix en bois rudimentaire, au premier plan, n’est pas plus belle, jetée misérablement sur la terre sombre, attendant d’être plantée sur la tombe. Et c’est à ce support éphémère qu’est confiée la tâche de préserver la mémoire des morts. Avec cette construction originale, Desbarbieux semble donc tourner son regard vers le destin cruel du poilu, sans rhétorique, soulignant avant tout l’inutilité et la gratuité de leur martyre.

Sources :  

https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/navigation_facette/index.php?f=peintregrandeguerre&mde_present=mosaique&debut=100

https://www.dessins1418.fr/verdun-henri-desbarbieux-1916